Enluminure, décoration des livres, rouleaux et manuscrits anciens ; art d'orner ces ouvrages. Le mot miniature, qui est souvent employé dans un sens similaire, provient probablement de minium, le pigment utilisé traditionnellement pour rehausser les passages importants d'un texte ; cependant, la miniature désigne de manière plus générale une peinture de dimensions réduites destinée à décorer une petite boîte ou un bijou.
C'est en Égypte qu'apparurent les premières enluminures de manuscrits. Ces ouvrages étaient consacrés à la description des cérémonies funéraires, ou devaient servir au défunt à accéder à une immortalité bienheureuse. Il existe encore plusieurs exemplaires de ces Livres des morts, mais le plus célèbre est sans doute celui d'Any qui remonte à la 18e dynastie (v. 1570 av. J.-C., British Museum, Londres). Déclinant à partir du XIIe siècle av. J.-C., la tradition des Livres des morts perdura jusqu'à la période hellénistique (323-Ier siècle av. J.-C.).
La destruction des grandes bibliothèques antiques, comme la bibliothèque d'Alexandrie, et l'extrême fragilité des supports employés expliquent qu'il ne subsiste que de rares fragments de textes grecs ou romains illustrés ; les mosaïques et les fresques confirment cependant l'existence de papyrus enluminés.
MANUSCRITS DU DÉBUT DE LA CHRÉTIENTÉ
L'apparition au début de l'ère chrétienne (Ier-VIe siècle) du codex permit à l'enluminure de connaître un véritable essor. Celui-ci avait la forme qu'ont gardée nos livres modernes, et permettait aux artistes de composer des peintures en pleine page. Plusieurs manuscrits subsistent de cette époque, comme le Virgilius Vaticanus, conservé à la bibliothèque Vaticane, l'Iliade d'Homère à la bibliothèque Ambrosienne de Milan, la Genèse de Vienne, (Nationalbibliothek, Vienne) et les Évangiles de Rossano (Musée diocésain, Rossano, Italie). De materia medica, le traité écrit par Dioscoride au Ier siècle apr. J.-C., fit l'objet d'une célèbre version, surnommée le Dioscoride de Vienne, qui, enluminée vers l'an 512, devait être copiée à de nombreuses reprises dans les mondes byzantin et islamique.
Manuscrit de Lindisfarne
Fondé par saint Aidan en 655, le monastère de Lindisfarne fut le lieu de production de nombreux manuscrits enluminés. L'Évangile de Lindisfarne renferme de magnifiques lettrines, à l'image de celle qui orne la première page de l'Évangile selon saint Matthieu. Les motifs d'entrelacs mêlés à des figures de créatures fantastiques sont décrits à l'aide d'un dessin foisonnant et d'un trait précis et raffiné. La complexité de l'ensemble et le choix des motifs font écho à la tradition irlandaise initiée par le Livre de Durrow (VIIe siècle).
Évangile de Lindisfarne, v. 700. British Library, Londres.
MANUSCRITS IRLANDAIS ET ANGLAIS
Les monastères d'Irlande et d'Angleterre étaient, entre le VIIe et le IXe siècle, d'importants centres d'enluminure de manuscrits. Évangiles et missels prenaient modèle sur des ouvrages italiens ou coptes. Le style de leurs motifs ornementaux, en particulier les entrelacements zoomorphiques, s'inspire de l'orfèvrerie pratiquée par les Celtes au cours de la période précédant la chrétienté. Le Livre de Kells (milieu du VIIIe siècle, Trinity College, Dublin) en est un exemple
LE STYLE CAROLINGIEN
À la fin des VIIIe et IXe siècles, le style carolingien s'illustra tout particulièrement dans les miniatures peintes à l'abbaye de Hautvillers, près de Reims, entre 820 et 830 : de cette période datent les Évangiles d'Ebbon (Épernay, bibliothèque municipale) et le psautier d'Utrecht (bibliothèque universitaire, Utrecht, Pays-Bas). Les enlumineurs travaillent désormais pour le souverain ou son proche entourage. La période ottonienne qui suivit (milieu du Xe-XIe siècle) se distingue par la richesse de ses compositions ornementales, influencées par l'art byzantin.
LES MANUSCRITS ROMANS
Au cours de l'époque romane, les manuscrits anglais d'usage monastique s'agrémentèrent de lettrines historiées, grandes lettres débutant ouvrages ou chapitres, dans lesquelles l'artiste insérait des scènes bibliques ou des grotesques. Illustrations et décors envahissent le texte, et les ouvrages prennent des dimensions imposantes, à l'exemple de la Bible de Winchester (XIIe siècle, bibliothèque de la Cathédrale, Winchester).
LES MANUSCRITS GOTHIQUES
En raison du développement des villes, dans l'Europe de la période gothique (du XIIIe au XVe siècle), les enlumineurs purent se réunir en guildes, en particulier à Paris, où les plus beaux ouvrages étaient réalisés pour les membres de la famille royale et pour la noblesse. Le livre d'images fait alors son apparition : le texte passe au second plan, et les marges sont richement décorées. Le Bréviaire de Belleville (Paris, Bibliothèque nationale) de Jean Pucelle et les Très Riches Heures du duc de Berry (v. 1413-1416, musée Condé, Chantilly) des frères de Limbourg se caractérisent par leur sens du détail et de la spatialité.
LES MANUSCRITS ARABES ET PERSANS
Les premières enluminures de manuscrits islamiques datent du XIe siècle, mais ce n'est qu'à la fin du XIIIe siècle qu'elles connurent un véritable essor. À cette époque, la Perse devint le principal centre de création de manuscrits enluminés du Moyen-Orient. Tabriz au XIVe siècle, puis Chiraz et enfin Harat au XVe siècle deviennent d'importants centres artistiques. Influencés par l'art chinois, les artistes persans composent des œuvres aux couleurs chatoyantes et à l'ornementation exubérante. De cette époque datent les splendides miniatures du Chahname (Livre des rois), la grande épopée écrite par Firdoussi au Xe-XIe siècle, et du Khamseh de Nezami. Sous la dynastie des Timurides, le plus grand peintre fut sans doute Behzad, qui fut ensuite directeur de l'atelier royal safavide à Tabriz. La miniature persane déclina à partir du XVIIIe siècle.
LES MANUSCRITS INDIENS ET TURCS
Dans l'Inde occidentale, les influences persanes se firent sentir dès le XIVe siècle, mais l'intérêt pour l'enluminure ne prit une véritable ampleur qu'au milieu du XVIe siècle, lorsque les empereurs mongols du nord de l'Inde créèrent des ateliers au sein de leurs palais, à l'instar des rois de Perse. Les enlumineurs adoptèrent le lyrisme des miniatures persanes, avec toutefois des compositions de couleurs différentes.
Les miniatures turques furent aussi, à partir du XVe siècle, influencées par le style persan des dynasties timuride et safavide. Les thèmes en étaient divers : vies de prophètes, d'érudits et de saints ; hauts faits des conquérants et héros turcs ; traités scientifiques ; divertissements comme la fauconnerie ou le tir à l'arc. Cet art déclina lui aussi au XVIIIe siècle. |