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Écriture, méthode de communication avec autrui par le moyen de signes visuels arbitraires formant un système. L'écriture peut être réalisée à partir de systèmes limités ou complets, un système complet permettant d'exprimer sans ambiguïté tout concept susceptible d'être formulé par le langage. Les systèmes limités sont habituellement utilisés comme moyens mnémotechniques permettant de se rappeler des faits importants ou de transmettre des généralités ; ils peuvent également servir à tenir des comptes. On qualifie aussi de sous-écriture, les systèmes limités composés d'images (pictogrammes), d'idéogrammes ou d'objets marqués ou non comme les procédés mnémoniques. De tels systèmes sont très ambigus car aucune correspondance n'est établie entre les signes du système d'écriture et la langue représentée. C'est pourquoi, l'interprétation d'un système limité ne dépend pas d'une langue spécifique. Le but d'un pictogramme, d'un idéogramme ou d'un objet est de faire naître dans l'esprit l'image ou l'impression qui sera par la suite exprimée par le langage. C'est la procédure mise en œuvre dans l'écriture pictographique des Amérindiens ; celle-ci peut être facilement « lue » par tous sans connaissance des langues amérindiennes. Par ailleurs, si l'interprétation des systèmes limités d'écriture peut être tentée sans connaissance de l'arrière-plan culturel du scripteur, l'image ou l'impression que cette écriture fait naître dans l'esprit sera, en revanche, dépourvue de sens ou mal comprise. Les pictogrammes constituent le plus ancien système d'écriture. Un système complet est capable d'exprimer n'importe quel concept formulé par le langage. C'est pourquoi, ces systèmes se caractérisent par une correspondance plus ou moins fixée entre les signes du système d'écriture et les éléments d'une langue que l'écriture représente. Les éléments de la langue représentée sont constitués par des mots, des syllabes, des phonèmes (les plus petites unités de parole permettant de distinguer deux émissions vocales dans une langue). Ainsi, les systèmes d'écriture peuvent être qualifiés de logographique (à base de mots), de syllabique ou d'alphabétique. Comme les systèmes complets d'écriture représentent des éléments de la langue, la connaissance de cette langue est exigée pour la compréhension du sens voulu par le scripteur. Cela ne signifie pas pour autant qu'un système d'écriture soit lié à une seule langue. En fait, les systèmes d'écriture sont facilement transférables d'une langue à une autre. Cela signifie seulement que, contrairement à un système pictographique, un système complet d'écriture est inintelligible pour le lecteur sans une connaissance préalable de la langue sous-jacente.
SYSTÈMES D'ÉCRITURE PAR MOTS (OU LOGOGRAMMES) Les systèmes d'écriture par mots se caractérisent par l'utilisation de nombreux signes appelés logogrammes représentant des mots complets. Ces signes transcrivent souvent une série de mots apparentés et, dans de nombreux cas, un seul signe représente plusieurs mots indépendants et distincts. Dans l'écriture purement logographique, de telles distinctions demeurent généralement sans solution, et l'écriture est ambiguë. Certains types de signes, cependant, s'utilisent pour lever l'ambiguïté et assurer une lecture correcte du logogramme. Ces signes servent d'indicateurs sémantiques ou phonétiques et sont souvent appelés soit déterminatifs soit compléments phonétiques. Les déterminatifs sont des signes utilisés pour indiquer à quelle classe ou catégorie appartient le mot représenté par le logogramme. Les déterminatifs sont eux-mêmes des logogrammes, mais ils ne sont pas lus : ils permettent seulement de marquer le groupe sémantique auquel se rattache le logogramme (dieux, pays, oiseaux, poissons, verbes de mouvement, verbes de construction, objets en bois ou en pierre, etc.). Les compléments phonétiques ont le même usage mais ils ont ceci de spécifique : ils signalent partiellement ou entièrement la prononciation du mot que le logogramme représente. Dans l'écriture alphabétique moderne de l'anglais, par exemple, le logogramme 2 se lit deux. Cependant, lorsqu'on se réfère au nombre ordinal, le complément phonétique nd est ajouté et le logogramme 2nd augmenté du complément se lit second. Dans cet exemple, les signes sont utilisés pour des raisons purement phonétiques (ou non-logographiques). En d'autres termes, le signe ne fonctionne pas pour évoquer à l'esprit l'idée et le mot qui lui est associé, mais pour rappeler un son qui est une partie du mot représenté par le logogramme au moment de la lecture. À l'origine, les indicateurs phonétiques étaient choisis parmi les logogrammes ayant un sens correspondant au son désiré. Le procédé est connu sous le nom de transfert phonétique, ou plus communément d'écriture à rébus. Comme les déterminatifs, les indicateurs phonétiques n'ont pas à être lus, mais ils servent uniquement à faciliter la lecture du logogramme de base.Jusqu'ici, les logogrammes expriment uniquement les éléments de la langue. Une telle représentation convient pour la plupart des noms et des verbes simples, mais elle n'est plus adaptée dès que l'on s'attache à la catégorie des adjectifs et des adverbes, et surtout à celle des pronoms et des noms propres, comme les noms de personnes. De plus, cette représentation ne traduit pas toutes les nuances des désinences et de la conjugaison verbale. Un système complet d'écriture doit être en mesure d'exprimer tous ces éléments s'ils existent dans la langue. S'il en est incapable, un système d'écriture purement logographique ne peut pas être classé comme un système complet, même s'il utilise des indicateurs sémantiques et phonétiques.
SYSTÈMES SYLLABIQUES Le principe du transfert phonétique a été utilisé pour dépasser les limites propres aux systèmes logographiques. En ayant recours aux signes pour figurer des sons, et dans ce cas précis, des syllabes, on pouvait exprimer des mots qui n'avaient pas de représentation logographique. De plus, on pouvait constituer des morphèmes, des désinences flexionnelles et des conjugaisons en ajoutant au logogramme de base les signes correspondant à leurs sons. On peut remarquer que, contrairement aux indicateurs phonétiques, de tels signes doivent être lus et interprétés comme des éléments de la langue écrite. Le système combiné logo-syllabique représente le premier système d'écriture complet. Une fois qu'il a atteint sa pleine capacité d'expression, un système se trouve confronté dans son développement à une double exigence contradictoire : économiser les caractères de l'écriture (le nombre de signes requis pour écrire un son) et, en même temps, réduire les ambiguïtés. Le principal inconvénient d'un système logo-syllabique, c'est qu'il exige un très grand nombre de signes à cause du nombre très élevé de mots dans une langue. Regrouper tous les mots de sens semblables sous un seul logogramme, ou utiliser le même signe pour différents mots, revient à réduire le nombre de mots nécessaires, mais, malgré cela, un tel système requiert encore au moins 500 ou 600 signes.Bien plus, il existe un grand risque d'ambiguïté, à moins d'utiliser des indicateurs, mais on se prive alors du grand avantage de réduire le nombre de signes par son. D'un autre côté, le nombre de signes nécessaires à un système purement syllabique peut être réduit à 100 et dépasse rarement les 200. L'utilisation de l'écriture syllabique présente un avantage supplémentaire : les logogrammes n'ont pas à être interprétés par le lecteur parce que les mots sont écrits sans ambiguïté dans l'écriture phonétique. L'inconvénient de l'écriture syllabique réside dans le fait que le système nécessite, en moyenne, plus de signes pour transcrire un son donné. Dans sa forme la plus simple, un système syllabique comprend uniquement des signes de consonnes et de voyelles et des signes de voyelles seules. L'étape suivante est la réduction du syllabaire ou liste de syllabes aux seuls signes de consonnes et voyelles, les voyelles étant indifférenciées. Cela réduit le nombre de signes nécessaires à celui des sons consonantiques de la langue, mais l'ambiguïté s'en trouve renforcée dans la mesure où le lecteur est obligé d'ajouter lui-même les sons vocaliques qui conviennent. Parce qu'il s'agit d'une écriture syllabique, le nombre de signes permettant d'écrire un son donné est le même que pour le système syllabique simple, qui exprime pleinement chaque voyelle. Le système syllabique réduit requiert beaucoup moins de signes. Par conséquent, chaque signe peut être plus simple. Bien que beaucoup considèrent comme alphabétique ce type d'écriture, il est plus exact de l'appeler semi-alphabétique, puisqu'il n'indique pas séparément chaque phonème de la langue et laisse subsister une certaine ambiguïté. L'étape finale vers une écriture intégralement alphabétique correspond d'une part à la séparation entre les sons consonantiques et les sons vocaliques, et d'autre part à l'écriture séparée des uns et des autres. Cela exige quelques signes supplémentaires, mais cela supprime l'ambiguïté liée à la nécessité pour le lecteur d'ajouter lui-même les voyelles. L'écriture alphabétique requiert le plus grand nombre de signes pour un son donné, mais le nombre de signes exigé par le système est assez faible, de sorte que les signes peuvent encore être très simples. Comme chaque signe représente un phonème, le mot qui est proposé par le scripteur est rendu explicitement lettre par lettre et le lecteur n'a à ajouter aucun son. Ces systèmes donnent un aperçu de la théorie et des méthodes de l'écriture, mais en réalité, les systèmes d'écriture n'existent pas dans ces formes pures. Chaque type de système intègre presque toujours des éléments d'un autre système ; par exemple le nombre de logogrammes utilisé dans le système moderne d'écriture alphabétique.
Les systèmes d'écriture ont une tendance marquée pour le conservatisme, leurs origines étant souvent considérées comme de nature divine. Les moindres changements ou modifications sont accueillis avec la plus grande réserve et, même aujourd'hui, de fortes résistances viennent s'opposer aux tentatives de réforme de l'orthographe et aux volontés de supprimer les absurdités liées à certaines conventions d'écriture. En raison de ce conservatisme, les innovations importantes concernant la structure d'un système d'écriture se produisent généralement quand un peuple emprunte un système à un autre peuple.Les Akkadiens, par exemple, ont adapté à leur propre langue la partie syllabique du système logo-syllabique sumérien, mais ils ont gardé les logogrammes et les ont régulièrement utilisés comme une sorte de sténographie. Quand les Hittites ont emprunté leur système aux Akkadiens pour leur propre langue, ils ont supprimé la plupart des signes syllabiques polyphones et homophones et de nombreux logogrammes sumériens, mais ils ont utilisé un certain nombre d'orthographes syllabiques akkadiennes comme des logogrammes.La plus ancienne écriture connue date d'un peu avant 3000 av. J.-C. et elle est attribuée aux Sumériens de Mésopotamie. Cette très ancienne écriture est logographique, c'est pourquoi elle ne peut qu'être lue en termes vagues. Le principe du transfert phonétique est toutefois apparent et cette écriture était en voie de devenir logo-syllabique. L'écriture hiéroglyphique égyptienne, un siècle plus tard, est la première à attester le principe du transfert phonétique.Il est possible que le développement de l'égyptien ait bénéficié de l'impulsion donnée par le sumérien. À peu près à la même époque, l'écriture dite proto-élamique se développa à Élam. Ce système n'a pas encore été déchiffré et la seule chose qu'on puisse affirmer, est sa nature logo-syllabique, si l'on en juge par le nombre de signes qu'il utilise. Des systèmes logo-syllabiques se sont également développés plus tardivement dans les îles de la mer Égée, en Anatolie, dans la vallée de l'Indus et en Chine.Afin d'écrire leur propre langue, d'autres peuples empruntèrent des syllabaires à ces systèmes logo-syllabiques. Pendant la seconde moitié du IIe millénaire av. J.-C..les populations sémites de Palestine et de Syrie empruntèrent aux Égyptiens le syllabaire dans sa forme la plus simple et la plus réduite (c'est-à-dire des signes pour les consonnes plus n'importe quelle voyelle), mais elles laissèrent de côté les logogrammes et les syllabes plus complexes du système égyptien. Ce syllabaire était pour ainsi dire prêt à être utilisé parce que l'écriture égyptienne n'avait jamais transcrit les voyelles. La plus ancienne écriture semi-alphabétique de ce type se trouve dans les inscriptions proto-sinaïques, qui datent d'avant 1500 av. J.-C. Un système analogue, datant d'environ 1300 av. J.-C., fut trouvé à Ougarit sur la côte septentrionale de la Syrie, mais dans ce cas précis, l'écriture était gravée sur de l'argile, à la manière des inscriptions cunéiformes mésopotamiennes. Des systèmes d'écriture semblables furent développés par d'autres peuples dans cette région. Les Grecs empruntèrent leur système d'écriture aux Phéniciens ; ils accédèrent à la dernière étape qui consiste à distinguer les consonnes des voyelles et à écrire les unes et les autres séparément ; ils parvinrent ainsi à une écriture alphabétique complète vers 800 av. J.-C. (voir Grec). L'écriture alphabétique mérite d'être perfectionnée selon les termes de la définition qui s'applique à un système complet d'écriture.
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